Pomme de terre : « ne pas parier sur un redressement des marchés en 2026 »
La filière française de la pomme de terre traverse une crise majeure : la hausse rapide des surfaces, combinée au ralentissement industriel et aux tensions géopolitiques, a provoqué un effondrement des prix. L’UNPT alerte sur un point de bascule en 2026, appelant les producteurs à une extrême prudence.
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Invité à s’exprimer lors de l’assemblée générale de la coopérative samarienne Sana terra, début décembre, Guillaume Lidon, directeur de l’UNPT, est revenu sur la crise majeure qui frappe la filière et évoqué les perspectives pour l’année 2026.
« Le facteur bien connu, c’est l’augmentation récente des surfaces », « absolument inédite » et liée à la demande des industriels belges. Malgré les alertes de l’UNPT, les surfaces françaises en pommes de terre de conservation ont grimpé de 23 % en deux ans et ont atteint 200 000 ha en 2025.
Avec des rendements proches de la moyenne décennale (43,5 t/ha à l’échelle nationale et jusqu’à 45 t/ha dans les grands bassins), la France a donc battu un record de production en 2025 : 8,58 Mt, soit une hausse de 14,7 % sur un an.
En parallèle, les capacités industrielles n’ont pas suivi le même rythme – de nombreux projets avaient été annoncés à l’horizon 2030 mais une seule usine a été construite depuis 2022 – et n’ont pas pu absorber cette hausse de production.
Résultat : « c’est mathématique, on a cette année un million de tonnes en trop sur le marché » national, dont 60 à 70 % destinés à l’industrie. Ce déséquilibre, accentué par des stocks déjà élevés, a entraîné une forte pression sur les prix et des refus de marchandises hors-contrats.
Au-delà de cette problématique de surproduction, la crise a commencé en février 2025, quand Donald Trump a annoncé la mise en place de frais de douane sur les produits importés aux États-Unis. Cela a bouleversé les flux mondiaux de frites surgelées et particulièrement touché les industriels belges
Saturation du marché sud-américain
Car les frites canadiennes se sont retrouvées privées du marché étasunien et se sont redirigées vers l’Amérique latine, principal débouché de la Belgique. Face à la saturation de ce marché, l’industriel belge Clarebout, premier fritier européen, « qui avale autour de 1,5 Mt de pommes de terre françaises », a alors stoppé ses achats sur le marché libre.
Cela a provoqué un effondrement des prix, un marché à deux vitesses (plus de 200 €/t entre prix contractuels et marché libre) et une production hors contrat totalement laminée, y compris en France.
D’autres facteurs expliquent le ralentissement industriel en 2025 : concurrence montante de la Chine et de l’Inde, parité eurodollar très défavorable aux exportations, recul de la restauration hors domicile sous l’effet de l’inflation, effondrement de la consommation de frites au Moyen-Orient lié au boycott de McDonalds’ dans le cadre de la guerre entre Israël et la Palestine.
Guillaume Lidon juge la crise actuelle avant tout conjoncturelle, et insiste : « la tendance de fond reste positive, avec une consommation mondiale toujours orientée à la hausse depuis 2019, entre 2 et 2,5 % chaque année, tirée par l’Afrique et l’Asie (…) Un Français consomme presque 50 kg de patates par an, un Malaisien seulement 2 : il y a de forts pôles de croissance ! ».
Quid de 2026 ? Pour l’UNPT, la filière arrive à un point critique où les décisions prises pour cette campagne pèseront fortement sur les équilibres de marché. Dès lors, « si la crise dure trop longtemps, elle deviendra structurelle ».
Côté prix, les éléments contractuels annoncés pour 2026/27 confirment le durcissement brutal des conditions imposées par les industriels. Agristo, fritier belge jugé « plutôt sérieux et en lien avec ses producteurs », a par exemple annoncé un prix de base à 140 €/t départ champ pour la Fontane (- 40 €/t sur un an), une baisse de 20 % des volumes contractualisés et un tri sévère des producteurs.
Disponibilités en plants sur le marché libre
Sur les surfaces, « la filière est à la recherche de son équilibre » : une hausse de 5 % porterait la production française à 9 Mt sans débouché supplémentaire ; une baisse de 10 % la ramènerait à 7,5 Mt, avec potentiellement des tensions sur l’offre et un redémarrage des prix sur le marché libre.
À noter que les disponibilités en plants sur le marché libre pourraient inciter certains producteurs à maintenir voire augmenter légèrement leurs surfaces.
Côté industries, Guillaume Lidon estime que « malgré l’augmentation des capacités de transformation en France », les nouveaux outils ne permettront pas d’absorber rapidement un surplus massif de volumes en 2026 : « sur le plan industriel, la situation reste grosso modo inchangée » par rapport à 2025.
Dans ce contexte, l’UNPT appelle à une prudence extrême et incite à ne pas parier sur un redressement des marchés en 2026, « car rien n’indique, au niveau géopolitique ou en termes de consommation à l’échelle européenne, que les choses vont s’améliorer de manière drastique ».
Elle recommande avant tout de « ne produire que ce que l’on est certain de vendre », et de « ne pas signer de contrats bancals » qui exposent les producteurs à des refus de lots en fin de campagne : « c’est toujours plus rassurant de passer par des groupements ou par des coopératives ».
Elle insiste enfin sur l’importance de pouvoir supporter le coût économique que représente la culture de la pomme de terre, de la plantation à la vente. « Les coûts de production, estimés à plus de 6 500 €/ha pour l’industrie, n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, et rendent la culture particulièrement risquée pour les exploitations aux trésoreries fragiles », note Guillaume Lidon.
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